La rupture... de Jean Godbout
Il n’était qu’une bête de somme. Un
machiniste aéronautique dévoué jusqu’à
l’absurde, soulevant jour après jour de
lourdes pièces, sans palan, sacrifiant sa
carcasse sur l’autel du rendement. À ce
rythme, la sentence ne tarda pas à tomber :
sa colonne lombaire explosa. Une double
rupture discale aux niveaux L4-L5 et L5-S1,
doublée d’une sciatalgie bilatérale qui lui
cisaillait les jambes à chaque seconde. Face
à ce désastre, la CSST-CNESST mandattait deux médecins de la CSST
et du BÉM qui posèrent rapidement un diagnostic
sans appel : exiger le retour au travail
équivalait à une condamnation à mort
fonctionnelle, une agression délibérée sur
un corps déjà mutilé.
Mais dans les bureaux feutrés de la CSST-CNESST, la souffrance humaine n'est qu'une ligne budgétaire à effacer. Un fonctionnaire, confortablement assis derrière son écran, décida d'achever ce travailleur. D'un trait de plume glacial, il falsifia les rapports médicaux, minimisa l'agonie du travailleur et maquilla la vérité sous le jargon anonyme de la bureaucratie. Pour l'institution, le blessé n'existait plus ; il n'était qu'un simulateur à renvoyer au hachoir. Mais au moins, il ne coûterait plus rien à la CSST-CNESST, ce qui était l'objectif.
La lente agonie de la chair.
Dès lors, du 14 mars 1994 au 1ᵉʳ juin 1994,
chaque journée devint un chemin de croix, à
manipuler des poids illégaux allant de 75 à
125 livres (la loi dit un maximum de 55
livres pour un travailleur sain) sans même l'aide d'un palan,
encore une autre infraction de négligence
criminelle de l'employeur en plus de la
falsification du diagnostic commise par la
CSST-CNESST. La douleur n’était plus un
symptôme, mais un parasite omniprésent qui
lui rongeait les nerfs. Plus effroyable
encore était le déni systématique de
l'administration. À chaque plainte, chaque
demande de révision, chaque appel au secours
s’enfonçait dans le vide sidéral d'un
labyrinthe de papier. Le machiniste sentait
ses membres se paralyser, mais c’est l’acide
de la trahison qui lui brûlait l’esprit. On
le laissait crever à petit feu, en toute
indifférence.
Merci au lieutenant-détective David Tardif
(matricule 855) de la police de Laval… qui
couvre deux crimes de négligence criminelle
qui ont détruit ma vie. Un filou corrompu
qui adore la destruction de la vie humaine
par la CSST-CNESST et l'employeur coupable.
Un soir de détresse absolue, poussé par
l'instinct de survie, il plongea dans les
méandres de son dossier d'indemnisation. Ce
qu'il y découvrit dépassait l'entendement :
des diagnostics amputés, des expertises
tronquées, une complicité systémique pour
étouffer son cas. La machine étatique
n'était pas simplement incompétente, elle
était perverse et corrompue. Elle se
nourrissait du sacrifice des ouvriers pour
protéger ses statistiques.
Comprenant que le système québécois était
verrouillé par la mauvaise foi, il dut fuir
son propre pays pour espérer être
diagnostiqué par des spécialistes comme un
être humain. Il traîna sa misère jusqu’aux
États-Unis, cherchant une médecine neutre et
impartiale. C’est à la prestigieuse
clinique Mayo de Rochester, au Minnesota,
que le couperet tomba, net et terrifiant.
Le verdict de l'exil
L’expertise américaine mit à nu la barbarie
de la CSST-CNESST. Ce que les fonctionnaires
avaient tenté d'étouffer sous leurs
mensonges était un désastre neurologique
irréversible :
Un syndrome de la queue de cheval
(compression massive des nerfs bas de la
moelle).
Une fibrose péridurale (un tissu cicatriciel
qui emprisonnait ses racines nerveuses).
Une arachnoïdite (une inflammation chronique
irréversible dégénérative et atroce des
membranes de la moelle épinière) ainsi
qu'une pachyméningite.
Puis après avoir souffert le martyr
pendant 20 ans avec une vessie neurogénique,
celle-ci devenait cancéreuse et à dû être
amputée avec la prostate. Quel châtiment
barbare, cruel et inhumain.
Le mensonge d'État venait de fabriquer un
autre infirme. La vérité éclata à l'émission
Enjeux de Radio-Canada, dans la Presse, puis
même le syndicat de la CSN dénonçait cet
atrocité, brute et obscène : cet homme avait
été sciemment ''sacrifié par la machine'',
brisé dans sa chair par le travail, puis
achevé par la lâcheté et la complaisance de
ceux qui avaient le devoir légal de le
protéger.
Le machiniste survécut, mais le prix à payer
fut exorbitant. Sa colonne est un champ de
ruines, sa douleur, une compagne
perpétuelle. Cependant, de ce corps mutilé
jaillit une rage froide. Sa voix, que la
bureaucratie avait voulu étouffer, est
devenue un réquisitoire implacable. Un cri
de guerre du combattant gravé dans le fer
pour que plus jamais l'indifférence
criminelle des cols blancs ne puisse broyer
la vie d'un travailleur dans l'ombre.
Le ministère du Travail et la CNESST
possèdent un système de défense primitif
pour oblitérer des faits trop stressants que
le cerveau ne saurait gérer. Cela
s'appelle le déni.
Mais, le crime
demeure entier, violent, cruel et inhumain
et malheureusement irréversible.